ACTU16 — Rébellion charnelle
- Romy Harel

- 10 oct. 2025
- 4 min de lecture
10 octobre 2025

Rébellion charnelle: quand le désir devient acte politique en Iran
Dans un pays où le corps féminin est constamment soumis à des injonctions — port du hijab obligatoire, contrôle moral, surveillance — certaines voix se glissent dans l’ombre, désirant reprendre ce qu’on leur enlève. Chez certaines jeunes Iraniennes, on observe les signes d’une dissidence silencieuse, inscrite à même la peau, au souffle, au désir.
Il ne s'agit pas d'un fantasme romantique: c’est une réponse aux contraintes, une affirmation de liberté.
Contexte: le contrôle du corps et le soulèvement social
La mort de Mahsa (Jina) Amini en 2022, après son arrestation pour «port incorrect du voile», fut l’étincelle d’un mouvement national. À travers le slogan Women, Life, Freedom, des milliers de femmes — et d’hommes — se sont soulevés contre les violences du régime, contre le contrôle des corps et contre l’injonction d’obéissance.[1] Le régime, en retour, a intensifié la répression, obligeant encore plus le corps féminin à l’ombre.[2].
Dans ce contexte, le voile ne fut plus seulement un tissu: il devint symbole d’un affrontement entre autorité et vie privée, entre dictature morale et désir de souveraineté. Le geste de retirer le voile, de défier la norme en public, fut un pari risqué mais porteur de sens.[3]
Désir, dissimulation et stratégie de contournement
Étudier la sexualité en Iran, c’est faire face à un silence imposé, à la peur, et à des biais méthodologiques. Comme le souligne l’article Sexuality Research in Iran, les chercheurs doivent naviguer entre tabous, traditions et contraintes éthiques — l’expression du désir étant souvent perçue comme «promiscuité». [4].
Pourtant, dans les études disponibles, des femmes racontent des stratégies de dissimulation, des relations prémaritale cachées, des désirs refoulés. Dans Sexuality and Concealment among Iranian Young Women, on lit que beaucoup pratiquent ce qu’elles appellent les «trois voiles» de dissimulation: voiler les gestes, voiler les confidences, voiler l’âme.[5].
Des enquêtes quantitatives montrent également la présence de comportements sexuels «hors norme». Par exemple, une étude menée sur 295 femmes note une corrélation positive entre motivation sexuelle, capacité sexuelle et «scripts sexuels» — pourtant encadrés par de fortes normes sociales.[6] En clair, envie, plaisir et scénarios sont liés. Même quand on croit s’émanciper, on danse encore un peu au rythme de ce qu’on nous a appris. Le miracle se produit quand on s'éloigne de la partition pour pour improviser notre propre musique.
Une autre étude indique que 31,8 % des femmes étudiées avaient des scores élevés de capacité sexuelle, mais très peu (0,2 %) atteignaient un haut niveau de «fonction sexuelle» perçue comme efficace, en raison des contraintes sociales.[7] En d'autres termes, beaucoup de femmes ont la capacité d’aimer et de jouir, mais très peu se sentent autorisées à le vivre librement. Leur sexualité est bridée non pas par leur corps, mais par la société qui les entoure.
Il y a aussi des cas de comportements sexuels compulsifs parmi des femmes mariées, révélés récemment via des enquêtes couvrant toutes les provinces iraniennes.[8]
Cela ne prouve pas le phénomène d’orgies généralisées, mais montre qu’il existe des dynamiques de désir intense, même dans des contextes restrictifs.
Quand le désir devient révolte
Pourquoi certaines jeunes femmes iraient-elles jusqu’à risquer un acte sexuel libre, partagé, même clandestin? Parce que le corps est le dernier espace de liberté quand tout le reste est contrôlé.
Réaffirmer son autorité sur soi-même: faire ce qu’on veut avec son corps, comme geste de résistance contre la dictature morale.
Transgression symbolique: dévoiler le désir, le rendre visible pour soi-même, pour les autres — un clin d’œil à l’ordre moral qu’on rejette.
Solidarité cachée: certains actes sont partagés par des cercles de confiance, des réseaux numériques, des murmures qui traversent les murs de l’ombre.
Revendications intimes: dans un système où la politique occupe chaque recoin de la vie, le geste intime devient politique.
Mais ce choix est risqué. Arrestations, chantage, violences sexuelles, poursuites morales et légales sont des dangers tangibles. C’est une ligne de crête — un équilibre entre désir, liberté et survie.
Limites et prudence
Dans le cadre de ce billet, je ne prétends pas que toutes les jeunes femmes iraniennes se révoltent ainsi. Beaucoup n’ont pas le contexte ou les moyens. Les récits que l’on parvient à extraire sont déjà ceux de femmes assez protégées ou en diaspora. Et souvent, ce que les médias occidentaux amplifient est partiel, éclaté, voire romancé. Il convient de résister à l’écueil du sensationnalisme. Le but n’est pas d’exoticiser mais de comprendre et d’honorer la dissidence du désir.
La révolte charnelle et la mission de nouvelleserotiques.com
Ce que tu liras bientôt sur nouvelleserotiques.com, n’est pas un simple divertissement érotique: c’est une contre-voix. En offrant des récits où le désir est respecté, visible, assumé, je crée un espace de liberté. Un lieu où le plaisir ne porte pas la honte, où la sensualité est choisie et non imposée.
Le geste intime des jeunes Iraniennes — ces possibles actes de désir libéré, ces zones d’ombre qui résistent — s’inscrit dans la même logique que ma création. Leurs corps se dressent, dans le secret, contre l’ordre normatif. Mes textes, eux, donnent forme, mot, lumière à ce qui pourrait rester inaudible.
Que ce soit dans le noir ou à l’aube, par le langage du corps ou celui des mots, mon site devient, je l'espère, un refuge — un sanctuaire de désir conscient. Et dans ce refuge, toute femme peut entendre le fil invisible qui relie son corps, son plaisir, sa liberté, à quelque chose de plus vaste.
[1] Britannica – Women, Life, Freedom Movement: britannica.com
[2] Amnesty International – Iran two years after Woman Life Freedom uprising: amnesty.org
[3], [7] VIDC – Women, Life, Freedom: A new revolutionary era in Iran: vidc.org
[4] PMC – Sexuality Research in Iran: pmc.ncbi.nlm.nih.gov
[5] SAGE Journals – Sexuality and Concealment among Iranian Young Women: journals.sagepub.com
[6], [8] PubMed – Compulsive sexual behavior in Iranian women: pubmed.ncbi.nlm.nih.gov
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